Partager l'article ! Pleurer de(le) rire...: Il est inné et contagieux, jaune, nerveux, sardonique, fou ou machiavélique… N’en déplaise à ce cher Rab ...
Il est inné et contagieux, jaune, nerveux, sardonique, fou ou machiavélique…
N’en déplaise à ce cher Rabelais, le rire n'est pas le propre de l'Homme.
On peut en effet le déceler chez la plupart des primates...
Chez l'Homme en tout cas, il apparait aux alentours du quatrième au cinquième mois et s’avère très présent tout au long de la journée.
Sa fréquence tend à s’amenuiser avec l’âge, les pressions diverses, les convenances, le travail, le sérieux bridant notre cerveau…
Provoqué principalement par le chatouillement, l’humour ou le rire d’une tierce personne, le rire n'exprime pas réellement la joie, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Il provoque par
contre une sensation de bien être par l’émission d’hormones. Ces hormones nous détendent et facilitent notre aisance.
Une aisance primordiale dans nos rapport sociaux, qui jouent eux même un rôle dans notre accès au rire :
Nous rions en effet 12 fois plus souvent en présence d’autres personnes que seuls.
Les interactions (rires, humour) plus nombreuses et le sentiment de sécurité plus présent prédisposent à l’aisance et donc à la libération du cerveau.
Le rire a une fonction communicative : il signale l’absence de danger.
Rire en groupe, c’est permettre aux autres de déclencher à leur tour un rire et relâcher ces mêmes hormones au niveau du cerveau.
Le premier éclat est souvent plus difficile à obtenir, mais quand le cerveau a assimilé l’absence de danger, il déclenche les rires suivant avec plus d’aisance. Une notion que les comiques
connaissent très bien…
Si le rire n’est pas l’apanage des seuls humains, l’humour par contre nous différencie du règne animal.
L’Homme a toujours cherché à faire rire, ayant vite compris que c’était un bon palliatif face aux impérities de l’existence, un excellent levier social et un atout majeur pour la séduction.
[Parenthèse : l’expression « femme qui rit, à moitié dans ton lit » ne veut pas dire qu’il faut raconter des blagues pour pécho, mais plutôt être attentif à l’attitude d’une
femme en tête à tête : Si elle a tendance à glousser pour un oui ou pour un non, c’est quasi in the pocket
]
Les comiques modernes ont bien compris les perspectives qu’offre l’humour.
Jadis parias du Show business, les humoristes sont désormais des célébrités comme les autres. Il suffit de voir le succès auprès des femmes de Boon, Elmaleh et Djamel pour s’en
convaincre…
Conséquence logique:
Le métier de comique est devenu susceptible de faire rêver les jeunes (et moins jeunes) plébéiens en manque de reconnaissance.
Nous assistons ainsi ces dernières années à une augmentation exponentielle des vocations humoristiques.
D’aucuns diront : « Tant mieux ! Plus de choix, plus de compétition, plus d’idées ! »
Grave erreur !
Prenons l’exemple de la musique, grande sœur scénique de l’humour : Nous avons eu ces dernières année une kyrielle d’émissions musicales sensées détecter la superstar de demain…
Des milliers de candidats passés au crible, des heures de castings, de cours, de directs pour quel résultat… ? A-t’on trouvé un nouveau Jean Jaques Goldman, ou un Jaques Brel ?
NON
Faire rire, c’est un art, un don rare… et des années de travail.
S’improviser comique est possible bien entendu ! Il suffit de trouver un filon et de l’exploiter à fond en copiant sur ses congénères…
On retrouve le procédé similaire avec la musique commerciale… le but : être bankable !
Bon, tâchons d’être conciliant… il est vrai que nos amis comiques sont de plus en plus engoncés dans un carcan qui limite grandement leur liberté de paroles. Les biens pensants, les associations
de défense sautent au cou du premier ne respectant pas le sacro-saint politiquement correct…
Repensez aux libertés que prenaient Coluche, Desproges, les Inconnus, les Nuls avec la politique, l’actualité, les minorités, les faits divers…
Timsit, Dieudonné ont tenté l’expérience avec des procès à la clefs… Kavanagh s’en sort un peu mieux en passant entre les gouttes…
Aujourd’hui plus que jamais, Pierre Desproges aurait eu raison de déclarer qu’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui…![]()
Face à ce défi, la plupart des nouveaux « artistes » en manque d’inspirations ont dû explorer de nouvelles voies…
Du coup, nous avons assisté à l’avènement d’un humour très basique…qui a su trouver des amateurs !
En effet, il existe des gens capables de rire devant Eric et Ramzy…
Pour moi, les deux trublions sont à l’humour ce que Dirty Dancing est au 7ème art…
(si vous aimez Eric, Ramzy, Bébé et Johnny, je ne peux plus rien pour vous)
Mais apparemment, le « comique » de situation et le phrasé directement inspiré d’un débile mental peut très bien fonctionner avec un public qui a pourtant dépassé (depuis longtemps parfois) la
maternelle.
« Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont » auraient dit Les inconnus.
D’autres comiques ont opté pour le déballage de vie.
Ou comment faire rire un public en lui racontant sa propre vie basique de beauf lambda… Le téléphone portable, Ikéa, le premier enfant, internet, les déboires sentimentaux…
Foresti, Elmaleh vous font croire que leur vie est comme la votre, mais comprenez bien que s’ils jouent l’empathie, ils sont désormais bien loin de vos préoccupations
quotidiennes.
On ressort de leurs spectacles en se disant qu’on a tous la même vie de merde, mais que c’est plutôt drôle (quand on n’a pas d’amour propre).
On trouve également l’humoriste qui se crée un personnage… Le concept marche, alors on l’use jusqu’à la corde. Dubosc en est un excellent exemple.
Dujardin a eu au moins la décence d’arrêter Brice avant la déliquescence…
Il est vrai qu’il a une certaine accointance avec le cinéma, ce qui l’a plus ou moins sauvé je pense…
On trouve aussi :
-Bigard dans son rôle de beauf parfois inspiré, souvent trop grossier.
-Les humoristes du Sud qui ont du mal à nous arracher un sourire (Bosso, Mado)
-Chevalier-Laspallès à l’humour inspiré des effets théâtreux qui marchent de moins en moins…
-Roumanoff qui a au moins le mérite de savoir faire preuve d’auto dérision (heureusement)…
-Semoun coincé dans ses personnages, mais qui lutte comme il peut…
-Arthur………… c’est un comique ?![]()
Bon, ne noircissons pas le tableau… la « nouvelle génération du rire » apporte tout de même son lot de bonnes surprises…
Au final…
Je critique les humoristes actuels, mais force est de constater qu’ils ont le mérite d’avoir un public et de le faire rire. De façon passionnée ou intéressée, ils font le bonheur des gens…
Essayer de faire rire est louable… et nous en avons besoin à une époque ou le moindre écart de langage est vu comme une provocation qui mène inexorablement au conflit ! Un problème lié au manque
de discernement et à l’incapacité de rire de soi, fléau du 21ème siècle.
Je n’aurais de cesse de regretter nos artistes passés…mais j’ai la même attitude concernant la musique. Je suis un aigri, que voulez vous ! ![]()
Je suis souvent déçu par les idoles du grand public…
Je me console en me disant que si tout le monde disposait du bon goût, je n’aurais plus de mérite à en avoir…![]()
Merci quand même aux humoristes de faire rire mes congénères à défaut de stimuler mes zygomatiques.
Mat
PS : petit cadeau
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