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« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants!
On va sous les tilleuls verts de la promenade. »
En 1870, quand Rimbaud a écrit ces quelques vers, il ne se doutait sans doute pas que les jeunes gens du 3ème millénaire auraient les mêmes passe-temps que
lui…
De nos jours, si l’on découvre encore ces plaisirs au cours de l’adolescence, on ne devient pas plus sérieux par la suite…
Le français, assez soucieux de son hédonisme, aime il est vrai perpétuer les traditions liées à la détente, à la fête et à l’alcool.
A contrario du ballon de vin accompagnant le repas qui a tendance à se perdre, la culture de l’apéritif (apéro pour les intimes) ne s’est jamais aussi bien portée.
Les ados sont même adeptes du binge drinking qui consiste à se bourrer la gueule en un temps record… Concept que nous autres adultes responsable ne comprenons évidemment pas,
nous qui sommes de la génération « mister cocktail »…
Il est vrai que les grandes marques et les établissements nocturnes participent grandement à cette joyeuse débauche:
-Récupération et promotions d’idées étrangères qui séduisent un nouveau public (les afterworks, par exemple permettent aux collègues de travail de se retrouver après une dure
journée de labeur pour un verre et quelques tapas – La saint Patrick est également un autre prétexte à l’alcoolisation excessive)
-Création d’alcopops (prémix au gout sucré) pour fidéliser de plus en plus tôt les jeunes.
-Ateliers d’œnologie, dégustation…
Enfer et damnation, nous sommes les victimes innocentes de cafetiers corrompus à la solde des magnats de l’éthanol…
Ou pas.
Nombre d'hommes et de femmes ne peuvent se permettre de se plaindre de son effet intéressant sur les réticences du sexe opposé...
Nous attendons souvent la fin de semaine pour enfin profiter de nos 2 jours de repos bien mérités, mais l’ambiance en capitale des Gaules est si douce la veille de notre dernier jour de travail
hebdomadaire…
Je retrouve mon équipe de choc pour une virée. De la dentiste à la diététicienne, de la chargée de projet au commercial, nous avons tous une bonne raison de nous détendre. "Suit up" !
23h – Entrée dans notre lieu de prédilection. Pour certains, l’apéro a commencé à 19h. Ceux qui voulaient discuter tranquillement avaient interêt à se croiser à l'heure de
l'apéro car dorénavant, les conversations sérieuses seront périlleuses et peu audibles.
Première étape, trouver une place pour poser nos bouteille et les sacs à main (Dougly pour les intimes) des filles, que nous nommerons (It-bags dans lesquels on pourrait
facilement cacher un teckel, un AK-47 ou même Passe-partout, le nain chanteur)
Enfin calés, il est temps de faire un tour de salle pour croiser des connaissances, serrer quelques mains (popularité oblige) et jauger la clientèle…
On trouve une foule hétéroclite qui varie peu au final, puisque les mêmes stéréotypes cohabitent d’une semaine à l’autre…
-Le groupe de filles éméchées (25-40 ans) qui sont là depuis l’afterwork qui se disent qu'elle ne sont pas venu pour sucer (que) des glaçons.
A 23h, elles dansent comme des folles et abordent les jeunes mâles d’une manière un peu cavalière :
- hey toi là, tu connais Toy story ?
-Bah…oui…pourquoi ?
-Ma copine là, elle aimerait que tu sois son jouet…
(true story)
-La jeune gourgandine qui claque sa bourse d’étude dans les fringues, le make-up et les UV et recherche un quadra friqué qui lui paiera du champagne dans l’espoir de la sauter (pourcentage de
réussite faible)
-La jeune gourgandine friquée qui claque l’argent de papa dans les fringues, le make-up et les UV et recherche un quadra friqués qui lui paiera du champagne dans l’espoir de la sauter (ce n’est
pas parce qu’on « a » des sous qu’on doit se payer ses propres consommations)
-Les chasseurs d’élites, groupe de 4 ou 5 mecs qui viennent chaque semaine. Ils détiennent des techniques infaillibles acquises après des années d’expérience pour attirer les filles à leur table,
les saouler et tenter d’obtenir une petite pipe en fin de soirée. Tels des velociraptors, ils encerclent leurs proies… L’attaque semble frontale, directe. Mais rapidement, le reste de la troupe
se glisse dans l’assaut, de toute part…
-Les vieux coquins : Sont là pour signer un contrat tacite (« je te rince » - « tu m’escortes ») avec des gourgandines.
-Les danseurs : ceux qui ne boivent pas ou qui ont déjà trop bu.
On peut même croiser des gens qui viennent entre amis pour passer une bonne soirée à boire et à danser. Je vous assure.
Le DJ, curé du nouveau millénaire, préside cette grand-messe des jeudis soir, joyeuse communion d’âmes et de masques aux désirs divers…
Après ce rapide check-up des forces en présence, l’étape nécessaire du passage aux toilettes…
« On patauge ici » serait la phrase juste…. Et pas besoin d’éther ou de chaussures de golf…
Ici bas, même un parano de Las Vegas verrait que l’humidité est bien réelle…
Odeur méphitique, hommes goguenards ou complètements à l’Ouest qui sortent des toilettes avec ou sans compagnie.
Enfin seul. Le moment idéal pour faire le point sur la soirée…
La fille qu’on trouve à son gout, l’ambiance, mais surtout notre degré d’alcoolémie… On constate notre équilibre et on se fixe une limite…
Disons qu’en début de soirée, c’est plutôt :
« Je suis chaud, tonight, c’est ma night ! »
Puis :
« wow ça tangue…plus qu’un verre et j’arrête »
Puis :
« plus qu’un verre et j’arrête »
Puis :
« plus qu’un verre et j’arrête »
...
Mais pour le moment, il n’est pas question de faillir ! Le regard est brillant, la posture fière.
On espère juste que les gens ne lisent pas sur notre front notre degré d’alcoolémie et on pense que la musique couvrira les conneries proférées.
Je croise quelques rugbymen… embuscade.
Les margoulins choisissent souvent des heures indues pour débarquer. Souvent une heure où notre limite « plus qu’un verre et j’arrête » est déjà dépassée depuis 3 verres…
Alors on boit, et on prend des nouvelles du front, ceux qui sont tombés la semaine dernière, ceux qui ont tiré.
C’était pas ma guerre…
Le temps de revenir à notre table, on constate que nos amis sont éparpillés.
Ici, une copine roule des pelles à un illustre inconnu gominé ou à un beau black…là, un pote à ramené 3 gourgandines avides à la table… plus loin, les rugbymen tentent d’intercepter les filles
qui passent, pendant que d’autres sont partis au bar chercher de quoi soigner leur foie.
Le coefficient d’évaporation devient critique pour mon verre. Je ne suis décidément pas rentable...
On essaie de danser, on rit, on chante… On passe au final un excellent moment avec des gens sympathiques et sexys.
-2h30 du matin…soyons raisonnable, il faut rentrer… Morphée m’appelle et j’imagine déjà le réveil dans les vapeurs d’alcool et de fumée…
On n’est pas sérieux quand on a 27 ans…
Enfin, juste ce qu’il faut…
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